A propos de cette mascarade électorale (élection présidentielle)

Publié le par Salah Hannoun

 

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A propos de cette mascarade électorale (élection présidentielle)

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Les réactions véhémentes des candidats malheureux aux résultats des présidentielles, Benflis en tête, après avoir cautionné un scrutin scellé politiquement d’avance, m'ont interpellé. Compte tenu du contexte qui les a motivées, j’ose émettre une réaction, celle d’un militant démocrate ayant assisté, depuis des années, à la perversion du combat démocratique au profit de calculs bassement politiciens et mercantiles.

En lisant les propos du candidat Benflis et de ses amis de campagne, je replonge dans le contexte ayant suivi la pseudo ouverture démocratique post 88. Toute la terminologie politique par nous usitée avait comme sens de dénoncer sincèrement les "atteintes aux libertés individuelles et collectives", "les remises en cause du processus démocratique", "l'hégémonie du système dictatorial", "les coups de forces politiques et électoraux du pouvoir", "la répression du pouvoir" ; Elle donnait aussi forme à l’argumentaire que nous avions développé, durant des années, pour mettre à nu tous les coups de forces dont se rendait maître le pouvoir algérien (ce pouvoir qui se confond avec l'Etat) et dont l'objectif principal (si ce n'est l'unique) consistait en sa pérennité aux commandes, en faisant fi des réelles volontés populaires et des attentes de ce peuple écrasé par toutes les pénuries, celle de la réflexion n'étant pas des moindres.

Durant ces années de braises (une pensée pour les amis assassinés et ceux torturés), des partis politiques, des "personnalités", "des historiques" sont demeurés insensibles à tous les cris de douleurs des Démocrates que nous sommes. Leurs turpitudes/ forfaitures et leurs boulimies de pouvoir restent marquées dans les esprits de tous ceux qui se sont retrouvés seuls, démunis face à la répression du FLN, un FLN qui servait d'alibi pour une confiscation historique d'une lutte, d'un combat pour le renouveau moderniste de l'Algérie.

En repensant à cette décade sanglante, je ne cesse de m'interroger sur ce qui a changé dans ce pays, à la lumière des réactions ayant suivi les résultats de la supercherie du 08 avril dernier.

Je m'interroge sur ces cris d'étonnement, notamment ceux de Saïd SADI qui doit méditer le glas qui vient de sonner autour de sa tour d’ivoire, quant à cette énième victoire du système qui régente ce pays. Je m'interroge, car je ne vois pas ce qui mérite un étonnement au sens commun et politique du terme.

Tous ceux qui sont restés fidèles au serment donné au victimes de la barbarie islamiste et à celles ayant souffert de la répression du pouvoir dictatorial depuis 1962 jusqu'à nos jours, ne sont point étonnés ni du fait que Bouteflika soit "réélu", ni du score de ses lièvres, ni du fait de l'alliance (car il y a bel et bien eu alliance) qu'a scellée cet ersatz de Boutef avec des généraux qui ne pensent qu'à l'Etat-major à sauvegarder et, par extension, à tous les privilèges y afférents. 

Cette réaction d’effarouchés, en faisant fi de leurs propres déclarations inhérentes à la régularité et à l’ouverture du scrutin et de leurs invitations incessantes pour un vote massif, démontre un tant soit peu l'indigence et l’incohérence qui caractérisent la classe politique algérienne. Elle est aussi symptomatique de l'état d'esprit de nos "démocrates invétérés" : chaotique !

Sommes-nous si naïfs au point de penser que ce système est capable d'évolution et/ou de changement de l’intérieur ? Sommes-nous si incrédules pour croire que le bourreau est à même de donner son propre cou à la guillotine ayant servi pour la décapitation de ses victimes ?

Ces interrogations ne sont point le produit d'un esprit embué et/ou en mal de repères politiques, mais elles sont le reflet d'un certain pragmatisme politique qui me pousse à m'en poser d’autres : Comment et par quel miracle M. Benflis, le pur produit de ce système qui a égrugé nos espoirs, élevé dans le giron de ce système et ayant profité de la générosité de son sein, est-il devenu le représentant de « l'opposition démocratique » ? N'a-t-il pas, à tous les niveaux où il a servi, constitué un bon ciment pour l'édification de l’image nouvelle de ce même pouvoir inique et cynique ? Ne fait-il pas partie d'une stratégie intrinsèque et globale - qui ne dit pas son nom- de ce pouvoir, toujours dans sa logique de pérennité, voulant donner l'illusion d'une "rupture générationnelle et démocratique", mais toujours à son profit? Ouyahia, avec son soutien à Boutef, n'est- il pas un maillon de ladite stratégie, mais pour 2009 ?

Trop de question, je vous le concède, mais concédez-moi le fait qu'elles s'imposent d'elles mêmes.

J’ai la naïveté de croire que le combat pour la démocratie ne doit pas nous faire oublier l’essentiel : la démocratie véritable ne peut aucunement ni venir du pouvoir/système, ni de ses relais dans "l'opposition", ni des reconvertis de dernières minutes. Elle est un combat quotidien, une conviction qui vient des tréfonds de l'Etre et qui se forge au fil du temps et des expériences, loin des salons des intrigues du Golf, des Tagarins et du club des pins.

Si Benflis, actuellement, tente de faire oublier son passé (trop récent pour que son souhait soit réalisé) au sein du pouvoir, si le CCDR (un autre hold-up et une illusion de trop) le cautionne, si Wafa le soutien, si certains généraux l’auréolent de leurs angusticlave, si l'UGTA et Ouyahia soutiennent Boutef, c'est que quelque chose de cohérent existe dans cette bouillabaisse politique : le pouvoir et le système se nourrissent de la sève de leurs propres enfants, s'épanouissent de nos illusions démocratiques et modernistes et de nos déconfitures propres, et il jouissent de nos fantasmes extatiques et béats.

Enfin, j'ai encore l’innocence de mes rêves et de mes espérances pour croire que pour que la démocratie soit une réalité concrète et un vécu quotidien dans ce pays, pour que l'abrogation du code de l'infamie ne soit plus l’otage des archaïsmes et des échéances électorales, pour que la modernité ne souffre d'aucune tergiversation, pour que la refonte du système institutionnel et éducatif s'émancipe des Islamo- baathistes, pour que l'officialisation de Tamazirt (langue, culture et identité) torde le coup aux "constantes nationales", socle des destructeurs référents identitaires des troglodytes qui nous gouvernent, pour que la relance économique profite aux plus démunis, etc., l'Algérie doit "inventer" et un autre personnel politique et une nouvelle façon de faire la politique.

Pour le moment, c'est ma conviction profonde, Benflis, nonobstant sa situation précaire au sein du FLN, n'est pas à la hauteur d'un tel challenge. Ni beaucoup d'autres d'ailleurs, parmi ses soutiens directs et à l'extérieur de sa sphère d’actions.

Excusez-moi de ne pas mordre à son hameçon, comme ces "démocrates" (parmi eu le même Benflis), qui ont cru en Boutef, malgré tout ce qu'il présentait comme argument ad hominem pour le rejet et de l’image qu’il incarne et de son programme politique.

Et pour dire mon courroux, je n'avais que le choix réfléchi du rejet de cette énième mascarade électorale...en attendant qu'on trouve une autre façon plus judicieuse pour s'opposer à la "fraude", la grande, celle qui a permis à des Boutef, Benflis, Boumediene, Chadli, Messadia, Toufik, Lamari, etc., de voler notre avenir, après avoir perverti notre passé.

Dont acte.
Maître
HANNOUN
Avocat

 

 

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izem 19/09/2007 14:05

Selon une étude de l’Unesco
La langue kabyle risque de disparaître
l Une étude vient d’être finalisées par des spécialistes de l’Unesco, concernant la longévité des langues. Celle-ci a révélé que pas moins de 10 langues disparaissent chaque année dans le monde.

Le pays détenant le maximum de langues est l’Australie, qui a vu chuter le nombre de 400 langues parlées et écrites à seulement près de 25 actuellement.

L’étude poussée de cette survivance des langues, expliquent les chercheurs en la matière, fait savoir qu’une langue parlée par plus d’un million de personnes dispose d’une espérance de vie allant de 50 ans et plus, cela est lié à sa praticabilité régulière, domaine d’application.

Les chercheurs ne se sont pas limités aux causes de la pauvreté linguistique ou au caractère scientifique pour expliquer ces disparitions, les raisons politiques sont aussi mises en exergue car, ces dernières accéléreraient le phénomène de disparition des langues.

A y songer, la situation de la langue kabyle, comme d’ailleurs le mozabite, le chaoui, le chleuh, variantes de la langue amazighe, ont tous une existence provisoire donc vulnérable et sont menacées d’extinction. Nonobstant cela pour ne parler que de la langue kabyle et bien qu’elle soit parlée par plus d’un million de Kabyles, le retard qu’elle subit en matière de production, de rayonnement est aggravé par les considérations politiques austères et ostracismes dans lesquelles elle évolue, cela l’expose inexorablement au processus de dépérissement, même si quelque part certains de nos intellectuels se sont sérieusement penchés sur le problème, à l’exemple de Mammeri, Djaout, Salem Chaker et bien d’autres, qui ont légué un outil pédagogique suffisant et nécessaire pour sa promotion. Le Cameroun et le Niger sont cités comme cas de pays africains où les dix dernières années ont vu des langues totalement disparaître du champ parlé et écrit.

Kahina . 04/09/2007 15:28

Azul! tanemmirt imi idifkit tanesa agi akken anezar dacu akka teqedcet, afud igerzen, d ayen igelhan iwumi tettaket tudert-ik..... oui les média de boutef et ses institutions nous confortent dans l’idée que la démocratie représentative est effectivement démocratique. Cependant, lorsqu’on y regarde de plus près on constate qu’il s’agit en réalité d’un grand spectacle dont nous sommes autant actrices/eurs que spectatrices/eurs. Mais en sommes-nous vraiment conscients ?
Aujourd’hui, dans les parlements et gouvernements du monde entier règne une nouvelle mode, celle de la "gouvernance". Selon ce terme provenant directement des grandes écoles de commerce US, il serait ringard pour un élu politique d’être "seulement" la voix du peuple. Ce qui fait "branché" chez nos politiciens (ils utilisent aussi le terme "courageux" ...) , c’est de valider les recommandations des "experts" qui travaillent dans l’ombre, et de "faire passer" leurs recommandations même quand l’opinion de la population est défavorable. Car bien sûr, les experts ont toujours raison. Le fait mainte fois démontré que ces experts travaillent en collaboration étroite avec les lobbies des grands groupes industriels démontre pourtant qu’il s’agit uniquement de la raison de leurs (grands) actionnaires, et non plus de la raison du peuple. En d’autres termes, ce qu’on appelle la gouvernance n’est rien d’autre qu’un système de corruption au service de ce nouveau fascisme néolibéral.
C’est également grâce à ce système que ce gouvernement arrive à imposer ses vues partout.Malgré la révélation de ce scandale, il n’y a eu aucune démission ni aucune poursuite judiciaire des ministres concernés.......tidett taggi i ttasartit n tamurt nnegh....

Maître Hannoun 04/09/2007 19:09

Kahina, azul fell-am,Tanemmirt ula i Kem ref wawal-inem ig garzen.Tamurt n Lzzayer d tin yeccan iqarra-nney. Achal iseggasen ay agi, wid yesredmen asirem-nner, ar tura mazal-iten deg udabu. Ahat, hellu-nner a d-yass ass-mi a tbeddel tmurli-nner yur-sen d leqdic-nsen n diri.Ma yella d yemdanen am nekni, ur nezmir-ara a neqqim akka ifassen-nner d ilmawen. Ur neksan-ara!!!Leqdic yef izarfan n wemdan, yef tlelli, ref tugdut, d win n tidett d uzekka.Asirem akken tamurli-yagi d tin n kra n yemdanen i g-hemlen tamurt-nner!I tikelt nniden, awal-im d ucbih!Ar tufat!PS.:Y=GH / TT=TS

N@d 04/09/2007 02:06

Bonjour,
Me.Hannoun, c'est agréable de constater que vous avez un site. Il sera un "regard" éclairé sur l'actualité politique en Kabylie, Algérie et
ailleurs.
Vos analyses, vos engagements militants seront intéressants à suivre.
Merci de continuer sur votre voie.
Bien à vous.
N@d