Hommage i Bessaoud

Publié le par Maître Hannoun


[Azul fell-ak a mmis n Tlelli]

 Encore un de plus! Un militant qui tire sa révérence pour partir vers une autre contrée où, peut-être, Tamazirt serait langue…universelle. Nous avons le droit de rêver, non ?

En apprenant la mort de cet auguste militant, celui qui a remis nos trajectoires dans le sens historique de l’évolution et de notre culture et de notre langue, je revois en filigrane tout ce chemin qui a été parcouru depuis la création d’Agraw n Imaziren, l’Académie berbère en 1966/1967. Que de belles choses de réalisées, mais aussi que de ruptures déchirantes, de désunions foudroyantes…Je revois cette dernière lettre que j’ai reçu un certain matin de Tafsut de 1994, avec une écriture hésitante et approximative, conséquence d’une maladie irréversible qui s’est acharnée sur sa frêle silhouette ; un acharnement qui ressemble à celui de cet arabo-islamisme qui nous accable, même si sa résistance dépend de nos divisions.  Dda Mohand me disait qu’il « pouvait se reposer paisiblement, la conscience tranquille, maintenant que Tamazirt réunissait dans son  giron des milliers de jeunes kabyles », avant que ces même jeunes, fierté de notre digne et frondeuse Kabylie, ne réussissent à déclencher l’étincelle de la révolution des genêts.

Je revois ce jour du 20 avril 1995, lors de la création du comité de soutien à Dda Mohand à Alger, qui était en butte à l’époque au refus des autorités algériennes de lui délivrer un passeport pour lui permettre de rentrer dans sa Kabylie ; faut dire que, pour lui faire payer son militantisme en faveur de la langue Tamazirt, le pouvoir algérien refusait de lui délivrer ce document qui lui revenait de droit. En refusant le laisser-passer qui lui était proposé, Dda Mohand tenait à jouir pleinement de ses droits civiques, desquels il n’a pas été déchu ; idem pour nous tous qui dénoncions cette énième atteinte à la liberté de circulation que la loi fondamentale et les conventions internationales garantissent. Nous avions réussi, et Dda Mohand a pu rejoindre Taguemount-is, son village natal qui se perche en face du majestueux Djurdjura. Mais après, il fallait le rétablir dans ses droits : obtenir un logement, une pension, son attestation communale d’ancien maquisard, lui le capitaine de l’ALN que les registres du pouvoir algérien n’ont pas recensé sciemment. Ce fut un combat lourd, tracasseries bureaucratiques et abus de pouvoir obligent.

Son comité de village et quelques associations culturelles de la Kabylie ont conjugué leurs efforts pour aider celui qui a eu le courage et la lucidité politiques de crier haut et fort : « Heureux les martyrs qui n’ont rien vu ». Pourtant, Dda Mohand devait repartir en Angleterre, dans sa British Kabylie insulaire, réceptacle de son engagement durant de longues années, pour suivre des soins lourds que « l’Algérie fière et digne » des Boutef and co ne pouvait lui prodiguer ; comme elle n’a pas voulu lui assurer son droit à sa langue, sa culture et son identité amazirs, les nôtres !

Dda Mohand est donc parti à un moment où la Kabylie s’est engagée dans son ultime combat. Sa survie en tant que peuple cultivant ses particularités politique, identitaire et culturelle,  dépendant de son autonomie politique, la voie idoine pour la réhabilitation de toutes ses racines, en mettant en exergue le combat de valeureux combattants de la Liberté comme Dda Mohand, avant qu’elle ne se laisse choir sur les récifs d’un arabo-islamisme nihiliste.

Aujourd’hui, nous n’allons pas pleurer le départ timide de notre symbole de lutte, mais nous penserons plus à continuer son combat, à le consolider en réunissant les forces kabyles autour des aspirations des victimes du printemps noir kabyle.

Depuis avril dernier, date de l’assassinat de Massinissa GUERMAH et des 106 autres jeunes, nous scandons « Ulac Smah Ulac » pour les fossoyeurs de l’innocence et de notre espérance, et à ceux qui ont exilé Dda Mohand des décennies durant (ils n’ont pas changé depuis, les Belkhir et autres Messadia…). Aujourd’hui notre leitmotiv est : «Ulac Tatut Ulac », pas d’oubli !

Repose en paix Dda Mohand, tu rejoindras tes compagnons de lutte dans leur dernier refuge(en compagnie des chants mémorables de Tawes Amrouche), dernier rempart contre le Baâthisme, l’islamisme, la gabegie…A nous d’être à la hauteur de votre engagement et de votre détermination ; ce qui n’est point évident, mais on fera tout de notre cœur : Seg ul !

Seg ul bu cwami.

Maître Hannoun,

Avocat défenseur des droits humains

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